qu est ce que la Gaypride?
La Marche des fiertés, s'est d'abord appelée Gay Pride, puis la Lesbian & Gay Pride, puis LGBT[1] Pride (à chaque fois revendiquant les droits d'une communauté supplémentaire) pour finalement s'appeler la Pride ou La Marche des fiertés. C'est une manifestation qui prône la liberté et l'égalité pour toutes les orientations sexuelles et identités de genres (hétéro, lesbienne, gay, bi, trans). L'expression anglophone Gay Pride peut être traduite comme « Fierté gay ». D'où le nom (après maints remaniements) de « Marche des fiertés » en France. Pour faire mentir l'adage qui prétend que pour vivre heureux il faut vivre caché, les participants des diverses Marches des fiertés affichent sans complexe leurs orientations sexuelles. Ces marches sont ouvertes aux gays, aux lesbiennes, aux bis, aux trans mais aussi aux hétéros revendiquant la liberté sexuelle et l'égalité des droits entre les hétérosexuels et les autres communautés.
Dans la plupart des grandes villes du monde, cette manifestation se déroule tous les ans au cours du mois de mai ou de juin, pour rappeler les émeutes de Stonewall qui se tinrent dans la Christopher Street à New York le 28 juin 1969.
En juin 1969, un groupe de lesbiennes, gays et transsexuels se rebellèrent contre les forces de police venues faire une descente au Stonewall Inn, un bar gay de New York et une lutte entre forces anti-émeutes et homosexuels fit rage pendant plusieurs jours. Les émeutes de Stonewall sont depuis considérées comme le début de la lutte pour l'égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels.
Brenda Howard, connue comme la « Mère de la Fierté », dirigeante de la première heure du Gay Liberation Front et de la Gay Activists Alliance coordonna la commémoration du premier mois anniversaire des émeutes, puis le premier anniversaire en organisant la Christopher Street Liberation Parade à New York le 28 juin 1970, tandis que des marches anniversaires avaient également lieu à San Francisco et Los Angeles.
Progressivement, toujours sous l'impulsion de Brenda Howard, les marches se sont organisées et, bien que chaque pays ait ses spécificités, on retrouve dans la plupart des défilés une organisation semblable.
En-tête de cortège se trouvent les "officiels" : des hommes politiques de la région (Bertrand Delanoë à Paris par exemple, ou Gérard Collomb à Lyon), les organisateurs de la marche, des associations partenaires etc. Aux États-Unis, la tradition veut que soit nommé dans chaque ville un "grand marshal" pour marcher en tête du défilé. En 2006, à New York, c'est le Français Florent Morellet, restaurateur, qui fut choisi pour son action dans la lutte contre le SIDA.
Derrière les officiels se trouve la majorité des manifestants, souvent réunis autour de "chars" (du moins dans les défilés de plus d'un millier de participants environ). Les chars sont des camions ou camionnettes sur lesquels sont montés des sound system diffusant toutes sortes de musique : bien que la musique électronique soit la plus présente, on trouve parfois également de la musette, des fanfares, etc. C'est dans cette foule colorée que l'on retrouve les images qui, pour certains, symbolisent les marches des fiertés, comme des drag queen, des travestis ou de jeunes hommes torses nus portant des drapeaux arc-en-ciel. Ces personnes, symbolisant notamment les débuts des marches et la lutte des travestis ou transsexuels au Stonewall Inn, ne sont néanmoins pas les seules à défiler : figurent également parmi les manifestants des associations (association de parents d'homosexuels, associations gays d'étudiants, association d'homosexuels dans les entreprises etc.) et tout simplement de nombreux homosexuels venus défiler seuls ou entre amis. En général, la marche est d'autant plus festive que les homosexuels sont acceptés dans la ville où ils défilent.
Comme lors de toute manifestation, cette foule défile d'un point de départ vers une destination finale, en marchant, dansant, et scandant des slogans en rapport avec le mot d'ordre de la manifestation de l'année. Des minutes de silence sont souvent observées au cours du défilé, en mémoire des victimes de l'homophobie ou du SIDA. Pour garantir l'indépendance financière de l'organisation de la marche, un octroi est également parfois perçu au cours de la marche en un point déterminé du parcours par des personnes habilitées à le faire.
Enfin, en fin de parcours, un discours est lu par le responsable de l'organisation de la marche pour rappeler les revendications de la manifestation.
Il est à noter que deux expressions perdurent pour parler de ces défilés: Gay Pride et Marche des fiertés. Le second n'est cependant pas qu'une simple traduction du premier. Le terme Gay Pride est le plus utilisé depuis les années 1980 à travers le monde pour définir ces manifestations. Néanmoins, cette expression a vu son champ s'élargir, et définit également maintenant l'ensemble des événements précédant les défilés (surtout aux États-Unis et au Canada où une semaine entière est consacrée à la célébration de la « fierté homosexuelle »), la marche en elle-même étant appelée Gay Pride Parade.
Le terme Marche des Fiertés est apparu en France en 2001 après un litige entre la nouvelle association organisant l'événement, l'Inter-LGBT, et la société précédemment responsable de l'organisation : la SOGIFED. Cette dernière avait en effet déposé le nom "Lesbian & Gay Pride", et son utilisation risquait d'être sujet à conflit. Un nouveau nom fut donc choisi pour la marche parisienne, Marche des Fiertés, et c'est sous ce nom que sont maintenant appelés certains défilés français. Toujours en France, Nice préfère l'appellation "Pink Parade", moins formelle, et se positionne ainsi en dehors des polémiques et des conflits et marque son indépendance.
Historique de la gay pride:
En France, la première marche a lieu en mai 1971 alors que les homosexuels s’invitent au traditionnel défilé des syndicats du 1er mai, malgré l'opposition de la CGT pour laquelle c'est une « tradition étrangère à la classe ouvrière » (Martel, p33). C'est cette même année qu'est créé le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR), renommé en 1974 Groupe de Libération Homosexuelle (GLH). Jusqu’en 1978, les homosexuels participent chaque année à ce défilé.
Le 25 juin 1977 est organisée à Paris la première manifestation homosexuelle indépendante, de la place de la République à la place des Fêtes, à l'appel du Mouvement de libération des femmes (MLF) et du GLH. Il y a à nouveau des manifestations en 1979 et en 1980 à l’appel du Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle (CUARH), contre "les discriminations anti-homosexuelles", avec à chaque fois environ un millier de manifestants.
Les débuts de la gaypride:
C'est à partir du 4 avril 1981 que l'on considère qu'a eu lieu la première véritable marche : 10 000 personnes manifestent à l’appel du CUARH, et le candidat à l’élection présidentielle François Mitterrand s’engage, quelques jours après cette manifestation, à dépénaliser l’homosexualité en France, engagement qu'il honorera l'année suivante[2].
Chute de popularité ds les 80's:
Mais dès l'année suivante, la ferveur retombe et seuls 8000 manifestants sont comptabilisés. S'enchaînent alors des manifestations essentiellement festives et commerciales, sans revendications politiques majeures. Chaque année, le mobilisation diminue, pour n'atteindre que quelques milliers de manifestants de 1986 à 1990. Une année fera exception quant à l'engagement politique : en 1987 en effet, Jean-Marie Le Pen qui vient d'avoir une position discriminatoire envers les séropositifs en proposant l'instauration de sidatorium est brocardé par la manifestation qui exceptionnellement dans ces années là arrive à trouver un mot d'ordre politique pertinent. Les menaces d'interdiction pesant sur la revue Gai Pied renforceront encore la tournure politique de cette manifestation. C'est également un des premiers défilé dans laquelle la lutte contre le SIDA joue un rôle : l'association Vaincre le SIDA y participe, et l'on peut y entendre des slogans comme « Nous avons été les premiers atteints et nous serons les premiers à mourir ».
Le renouveau des 90's:
En 1991, après une année 1990 qui n'avait vu que 1500 manifestants défiler dans les rues de Paris, le collectif "Gay Pride" est formé. Réuni autour d'associations, de commerces et de journaux, son objectif est de redynamiser la manifestation. 6000 personnes sont alors comptabilisées place de la Bastille, puis 5000 autres en 1992 alors que la pluie est de la partie.
En 1993, la mobilisation atteint de nouveau le niveau de 1981. 10 000 manifestants défilent contre le SIDA et pour le projet de contrat de Solidarité (le contrat d'union civile).
1994 voit l'arrivée des défilés en province : alors qu'un rassemblement a lieu à Tours contre le maire de l'époque, Jean Royer, qualifié d'homophobe, Rennes et Marseille connaissent leur première marche. On parle alors de "Lesbian & Gay Pride" et plus uniquement de "Gay Pride". À Paris, Act-Up participe activement à la manifestation avec son slogan « silence=mort ». C'est en effet l'année charnière de la Gay Pride de Paris. Comme il faut à la fois répondre aux attentes des anciens militants, dont beaucoup sont morts, et satisfaire la jeunesse qui s'attend surtout à des festivités, un savant mélange doit être trouvé, ce que le collectif parvient bien à faire à partir de cette année là.
1995 est clairement un tournant dans l'histoire de la Marche des fiertés : de nouvelles villes de Province accueillent une marche (Toulouse, Nantes et Montpellier), la marche parisienne remporte un vif succès avec 80 000 manifestants et la couverture médiatique commence à être importante. Avec une lutte contre le SIDA plus forte que jamais, les homosexuels commencent à construire une véritable communauté, à l'image de ce qui peut se faire au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas depuis des années[4]. C'est en 1995 toujours qu'est fondé le collectif Interpride France, permettant de coordonner les défilés des différentes villes de France.
En 1996, d'autres villes de Province organisent leur défilé. À Paris, 120 000 personnes défilent puis sont invitées à la soirée officielle ayant lieu à Bercy. Celle-ci est un désastre financier : l'association Lesbian and Gay Pride de Paris est déficitaire de plus d'un million de francs (environ 150 000 €). Il est alors décidé une séparation entre la marche, gérée par la société SOFIGED et les autres manifestations gérées par l'association lesbian and gay Pride de Paris.
En 1997, Paris accueille l'EuroPride : 250 000 personnes de l'Europe entière défilent jusqu'à la place de la Bastille.
Après une "faible" affluence en 1998 (120 000 manifestants), probablement liée au téléscopage avec la tenue de la Coupe du Monde de football, la marche de 1999 mobilise : on est alors en plein débat sur le Pacte Civil de Solidarité (PACS). Les finances de l'association Lesbian and Gay Pride de Paris sont néanmoins dans le rouge, comme les deux années précédentes. L'association est alors dissoute et c'est alors une entreprise, la SOGIFED, qui prend en charge l'intégralité de la manifestation. Elle dépose alors les noms de "Gay Pride" et "Lesbian & Gay Pride".
Années 2008, la folie continue:
En 2001, une nouvelle association pour gérer le défilé parisien voit le jour : il s'agit de l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT). Le nom "Lesbian & Gay Pride" étant désormais déposé, la marche s'intitule alors "Marche des Fiertés Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans".
De 2002 à 2006, les marches réunissent de plus en plus de monde. De nombreuses villes de Province proposent des défilés et/ou des activités fin juin-début juillet, et le défilé parisien grossi jusqu'à atteindre environ 800 000 personnes en 2006.
Les villes proposant la gay pride:
Alors que de nombreuses villes françaises accueillent désormais un défilé, ce n'est pas le cas de toutes : certaines n'en ont jamais accueilli et d'autres ont arrêté de le faire. Par ailleurs, la date du premier défilé dans chaque ville varie : de 1981 pour Paris à 2006 pour Tours… Voici l'ordre chronologique d'apparition (et parfois de disparition) des défilés dans les villes de France.
1981 : Paris
1994 : Rennes, Marseille
1995 : Nantes, Montpellier, Toulouse
1996 : Lyon, Lille, Bordeaux, Grenoble, Cannes, Aix-en-Provence,
2000 : Rouen, Angers, Poitiers (abandonnée en 2001)
2001 : Caen
2002 : Reims, Strasbourg
2003 : Metz
2004 : Nancy
2006 : Tours
Paris et la Gay Pride:
De part l'importance historique de Paris en France, les marches de Paris, nettement plus fournies que celles de Province, occupent une place particulière dans les médias et jouent donc un rôle tout aussi particulier. La connotation politique y est très présente et de nombreuses avancées ont eu lieu après ces manifestations (sans pour autant que la relation de cause à effet soit systématique).
Ainsi, suite à la marche de 1981, François Mitterrand dépénalisa l'homosexualité. Après la marche de 1998 au mot d'ordre "Nous nous aimons, nous voulons le pacs", le PACS est inscrit à l'ordre du jour du parlement. Enfin, après le défilé de 2003 dont le mot d'ordre était "Homophobie, lesbophobie, transphobie : agissons !", une proposition de loi visant à condamner les propos homophobes est rédigée par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.